Des briques qui s’empilent, des planchettes qui se vissent, des maquettes qui prennent forme sur la table du salon. Les jeux de construction vivent un âge d’or. Et sur les boîtes comme dans les conversations entre parents, une promesse revient souvent : « ça développe le cerveau ».
J’ai voulu vérifier. La bonne nouvelle, c’est que la recherche sur le sujet est riche et sérieuse. La nuance, c’est qu’elle ne dit pas tout à fait ce qu’on lit sur les emballages. Voici ce que l’on sait vraiment des jeux de construction pour les enfants, et ce qui fait la différence.
Un boom qui ne concerne pas que les enfants
Les chiffres de la filière sont spectaculaires. En 2025, selon le cabinet Circana, la construction a progressé de 32 % en France, portée par LEGO et ses gammes de fleurs et de plantes destinées aux adultes. À fin juillet 2026, la catégorie gagnait encore 33 % depuis le début de l’année. Sur trois ans, la Journée Presse & Influence, le grand salon de la filière, avance même une hausse de 122 %, sans préciser la source de ce chiffre.
Le même communiqué souligne que les parents participent de plus en plus, et que la construction devient un projet partagé. C’est cette dimension qui m’intéresse le plus, et vous allez voir que la recherche lui donne raison.
Ce que la recherche a vraiment mesuré
Construire et se repérer dans l’espace
Une grande étude sur le sujet a été publiée en 2015 par les chercheuses américaines Jamie Jirout et Nora Newcombe. Elles ont analysé les données de 847 enfants de 4 à 7 ans, représentatifs de la population des États-Unis. Les parents indiquaient à quelle fréquence leur enfant jouait à des jeux « spatiaux » : puzzles, blocs, jeux de société.
Résultat : plus les enfants y jouaient souvent, meilleurs étaient leurs scores à une épreuve qui consiste à reproduire un motif avec des cubes, à capacités intellectuelles égales. Le lien était le même chez les filles et les garçons, et quel que soit le milieu social.
Une étude de 2014, menée par Brian Verdine et ses collègues auprès de 102 enfants de 3 ans, va dans le même sens. Les enfants devaient reproduire des modèles avec de gros blocs emboîtables. Ceux qui assemblaient le mieux obtenaient aussi de meilleurs résultats en mathématiques, mesurés au même moment.
Mais attention à ce que disent ces deux études : elles montrent un lien, pas une cause. Jirout et Newcombe le précisent elles-mêmes : il faudra explorer les mécanismes pour établir une causalité. Peut-être que construire rend meilleur en géométrie. Peut-être aussi que les enfants déjà à l’aise avec l’espace aiment davantage construire.
Une compétence qui s’entraîne, à tout âge
Ce qui est mieux établi, c’est que les compétences spatiales ne sont pas figées. En 2013, une équipe menée par David Uttal a rassemblé 217 études d’entraînement. Conclusion : ces compétences progressent avec la pratique, les progrès durent dans le temps et se transfèrent à d’autres tâches spatiales. Et cela vaut pour les enfants comme pour les adultes. Une précision honnête : les entraînements étudiés étaient très variés, et il ne s’agissait pas spécifiquement de jouets.
Pourquoi est-ce important ? Parce qu’une étude américaine de 2009, qui a suivi environ 400 000 lycéens pendant 11 ans, a montré que la capacité spatiale mesurée à l’adolescence annonçait les parcours en sciences et en techniques, au-delà des seules aptitudes mathématiques et verbales.
Mis bout à bout, ces travaux dessinent une chaîne plausible : jouer à construire, se repérer dans l’espace, réussir en sciences. Mais chaque maillon a été mesuré séparément. Personne n’a démontré qu’une boîte de briques fabrique un futur ingénieur.
Et pour les enfants autistes ?
Vous avez peut-être entendu parler de la « thérapie par le LEGO », imaginée par le psychologue américain Daniel LeGoff pour travailler les habiletés sociales des enfants autistes. Sa première étude publiée, en 2004, était encourageante, mais petite et sans tirage au sort.
Un grand essai britannique, baptisé I-SOCIALISE, l’a testée en 2023 auprès de 250 enfants autistes de 7 à 15 ans, dans 98 écoles. Les enfants participaient à 12 séances hebdomadaires, en groupes de trois. Résultat : un petit bénéfice sur les compétences sociales à 20 semaines, mais non significatif sur le plan statistique, et qui n’était plus visible au bout d’un an. Les chercheurs jugent néanmoins l’approche rentable au regard de son coût, et estiment qu’elle mérite d’être envisagée.
À retenir : c’est un protocole encadré par des professionnels, pas une boîte de briques posée dans la chambre. Pour choisir un jeu adapté à un enfant aux besoins particuliers, notre article sur le jouet au-delà de l’âge peut vous aider.
Ce qui fait vraiment la différence : construire ensemble
Voici, pour moi, la découverte la plus utile. En 2011, Katrina Ferrara et ses collègues ont observé 72 enfants de 3 à 5 ans qui jouaient avec un parent. Trois situations : jeu libre avec des blocs, jeu guidé, où l’on construit ensemble un modèle précis, ou jeu avec des structures déjà assemblées.
En jeu guidé, les parents employaient nettement plus de mots liés à l’espace : dessus, à côté, tourner, plus haut que. Et les enfants aussi. En 2018, une autre étude, menée auprès de 41 duos mère-enfant, a montré que les mères brièvement sensibilisées à ce vocabulaire l’employaient davantage, et que leurs enfants suivaient.
Ce détail compte. Dans l’étude de Verdine, les enfants de milieux modestes avaient déjà du retard en assemblage à 3 ans, et leurs parents déclaraient employer moins de mots spatiaux. La boîte est la même pour tout le monde. Ce sont les mots autour qui changent.
Jeux de construction : 6 idées pour en tirer le meilleur
- Varier les matériaux. Blocs, briques, planchettes, vis et écrous : chaque matière sollicite d’autres gestes. Le seau de construction en bois MAGNI, avec ses plaquettes, vis et écrous en bois certifié FSC, se prête aux véhicules comme aux robots, pour les 3-5 ans.
- Alterner modèle et invention. Reproduire un modèle, c’est précisément ce que mesurent les chercheurs. Inventer ensuite, c’est le plaisir de l’enfant. Les deux se complètent.
- Parler l’espace. Dessus, dessous, derrière, symétrique, pivoter : décrivez ce que vous faites, posez des questions, laissez l’enfant expliquer son plan.
- Accepter que ça tombe. Une tour qui s’écroule, c’est une leçon d’équilibre en direct, et une occasion de recommencer autrement.
- Proposer des briques à tous les enfants. Dans l’étude de Jirout et Newcombe, les garçons jouaient davantage aux jeux spatiaux que les filles. Des briques qui s’empilent sans fixation, comme la Hello Box Rainbow Mix de Bioblo, conviennent à toutes les mains.
- Laisser les constructions en place. Un projet qui grandit sur plusieurs jours apprend la patience, et donne envie d’y revenir à plusieurs.
Mon avis : les briques ne font pas le travail seules
Je me réjouis de cette tendance. La construction est l’une des rares activités qui rassemblent vraiment les générations, sans écran et sans compétition. Et les adultes y prennent goût : une maquette comme la ruelle japonaise Sakura Lane, avec ses 293 pièces de bois, se construit très bien pendant que l’enfant, à côté, bâtit sa tour.
Mais je me méfie des promesses gravées sur les boîtes. Un jeu de construction ne rend pas un enfant « plus intelligent » par magie. Il lui offre une occasion de manipuler, de se tromper et de recommencer. Et quand un adulte s’assoit à côté pour en parler avec lui, cette occasion devient précieuse. Pour aller plus loin, relisez notre article sur les bienfaits du jeu libre : construire sans consigne a aussi toute sa valeur.
KLIA
Sources
- Journée Presse & Influence, communiqué du 8 septembre 2026 (données Circana)
- Circana, FFJP et FCJPE, communiqué « Croissance record en 2025 sur le marché des jeux et jouets en France », 14 janvier 2026
- Jirout J. J., Newcombe N. S., « Building blocks for developing spatial skills », Psychological Science, 2015, 26(3), p. 302-310
- Verdine B. N. et al., « Deconstructing building blocks: preschoolers’ spatial assembly performance relates to early mathematical skills », Child Development, 2014, 85(3), p. 1062-1076
- Uttal D. H. et al., « The malleability of spatial skills: a meta-analysis of training studies », Psychological Bulletin, 2013, 139(2), p. 352-402
- Wai J., Lubinski D., Benbow C. P., « Spatial ability for STEM domains », Journal of Educational Psychology, 2009, 101(4), p. 817-835
- LeGoff D. B., « Use of LEGO as a therapeutic medium for improving social competence », Journal of Autism and Developmental Disorders, 2004, 34(5), p. 557-571
- Wright B. et al., essai I-SOCIALISE, Autism, 2023, et rapport complet, Public Health Research, 2023, 11(12)
- Ferrara K. et al., « Block talk: spatial language during block play », Mind, Brain, and Education, 2011, 5(3), p. 143-151
- Borriello G. A., Liben L. S., « Encouraging maternal guidance of preschoolers’ spatial thinking during block play », Child Development, 2018, 89(4), p. 1209-1222


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