Ça s’étire, ça se presse, ça fait « sploutch » et ça reprend lentement sa forme. Le slime et les squishies sont devenus les stars des cours de récréation et des vidéos en ligne. Pour la filière du jouet, ce n’est pas une mode passagère mais une tendance durable.
Je comprends l’engouement. J’ai aussi voulu savoir ce qu’il y a dans ces pâtes fluo et ces mousses parfumées. Voici ce que j’ai trouvé, pour que le slime enfant reste un plaisir, et pas un souci.
Pourquoi les enfants adorent le slime et les squishies
Le communiqué publié en août par la Journée Presse & Influence, le salon des professionnels du jouet, avance plusieurs raisons.
- Une expérience sensorielle : une matière qu’on étire, qu’on presse, avec des petits bruits de bulles jugés apaisants, dans l’esprit des vidéos ASMR.
- Un produit très visuel, fait pour les vidéos courtes sur les réseaux sociaux, avec de nouvelles textures (aériennes, crémeuses, pailletées).
- Une dimension créative : des coffrets permettent de fabriquer et de personnaliser son propre slime.
- Pour les squishies, ces petits objets en mousse, l’effet hypnotique du retour lent à la forme initiale, le style kawaï venu du Japon, les parfums, un prix bas et l’envie de collectionner.
Ces raisons sonnent juste. Mais qu’en dit la science ? Une étude publiée en 2018 dans la revue PLOS ONE a mesuré que des vidéos ASMR faisaient baisser le rythme cardiaque d’environ 3,4 battements par minute. Seulement chez des adultes sensibles à l’ASMR, et seulement devant des vidéos. Je n’ai trouvé aucune étude sur des enfants qui manipulent du slime.
Autrement dit : l’effet apaisant est plausible, il n’est pas démontré. Ce qui est certain, c’est que presser, étirer et malaxer une matière relève du jeu sensoriel, dont nous avons détaillé l’intérêt dans notre article sur les bienfaits des jeux sensoriels.
Slime enfant : la question du bore
Pour transformer de la colle en pâte élastique, beaucoup de slimes utilisent du bore, sous forme de borax ou d’acide borique. La réglementation européenne fixe une limite de migration pour les matières de jouet liquides ou collantes, la catégorie du slime : 300 mg de bore par kilo.
Cette limite n’a pas toujours été respectée, loin de là.
- Au Royaume-Uni, en juillet 2018, l’association Which? a testé 11 slimes achetés en ligne : 8 dépassaient la limite.
- En décembre 2018, le BEUC, qui fédère les associations de consommateurs européennes, a publié les tests de 8 associations, dont l’UFC-Que Choisir : 42 produits sur 100 n’étaient pas conformes. Les pires cas atteignaient 14 fois la limite, sur des échantillons vendus en France et en Espagne.
- En France, en 2018, la DGCCRF a analysé 15 kits de slime : 2 dépassaient la limite et ont été retirés de la vente et rappelés.
Une nuance importante, par honnêteté : en 2022, l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques (BfR) a estimé que des effets sur la santé des enfants étaient peu probables avec le bore des slimes. Les limites sont des garde-fous de précaution.
Faut-il paniquer ? Non. Mais ces dépassements montrent une chose : sur ce type de produit, le contrôle laisse à désirer, surtout en vente en ligne. Le choix du vendeur compte.
Le slime « maison » : la fausse bonne idée
Sur internet, les recettes de slime maison pullulent : colle, lessive liquide, solution pour lentilles, borax en poudre. Elles posent un autre problème.
En 2018, l’ANSES, l’agence de sécurité sanitaire, a analysé 205 cas d’exposition signalés aux centres antipoison entre janvier 2014 et mai 2018. Âge médian des enfants : 6 ans. Dans la grande majorité des cas, la pâte avait été portée à la bouche (163 cas). Les produits les plus souvent en cause étaient des lessives liquides et des colles. Aucun cas n’était grave, mais des allergies à des conservateurs ont été identifiées.
L’ANSES et la DGCCRF ont alerté sur des dermatites de contact parfois sévères, liées à la manipulation répétée de slimes fabriqués avec des lessives ou des détergents.
Mon conseil : pas de lessive, pas de borax en poudre, pas de produit ménager pour fabriquer du slime à la maison. Un kit conforme ou une simple pâte à modeler font très bien l’affaire.
Les squishies : aérer avant de câliner
En 2018, l’agence danoise de l’environnement a analysé 12 squishies, en imaginant un tout-petit qui dort avec son jouet contre lui. Une heure après le déballage, les 12 émettaient des substances chimiques volatiles, dont un solvant, le diméthylformamide, à des niveaux jugés inacceptables. Après trois jours d’aération, 4 dépassaient encore les seuils. En revanche, aucune substance n’a migré dans la sueur artificielle : le risque venait de ce qu’on respire.
Les produits ont été retirés de la vente au Danemark. En 2019, douze ministres européens ont cité ces résultats dans une lettre à la Commission.
Les bons réflexes :
- Déballer le squishy et le laisser s’aérer plusieurs jours avant de le donner.
- Jamais de squishy dans le lit.
- Se méfier des modèles à l’odeur très forte.
- Avant 3 ans, attention aux petits éléments qui se détachent.
Notre check-list pour un slime enfant sans souci
- Acheter chez un vendeur identifié dans l’Union européenne, avec le marquage CE et les avertissements en français. En décembre 2025, sur un échantillon ciblé de 70 jouets achetés sur des places de marché en ligne, la DGCCRF a trouvé 90 % de produits non conformes et plus de 60 % de produits dangereux.
- Respecter l’âge indiqué sur l’emballage.
- Pas à la bouche, et on se lave les mains après avoir joué.
- Ranger le slime dans sa boîte fermée, et le jeter s’il change d’odeur ou d’aspect.
- Aérer les squishies, et les garder hors du lit.
Pour aller plus loin sur les marquages et les contrôles, notre guide des normes de sécurité des jouets en Europe détaille ce que garantit vraiment le marquage CE.
Mon avis : oui au plaisir de malaxer, pas à n’importe quel prix
Je ne dirai pas « jamais de slime ». Le besoin de toucher, de presser, de transformer une matière est bien réel chez les enfants, et il n’a rien de futile.
Je dis : pas n’importe lequel, pas n’importe comment. Et je rappelle qu’il existe des matières plus simples pour le satisfaire. Une pâte à modeler qui sèche à l’air, comme le kit Magic Do d’OMY, se malaxe aussi, ne colle pas, et laisse en prime un objet que l’enfant est fier de garder.
KLIA
Sources
- Journée Presse & Influence, communiqué du 5 août 2026, « Jouets sensoriels et figurines à collectionner »
- Poerio G. L. et al., « More than a feeling: Autonomous sensory meridian response (ASMR) is characterized by reliable changes in affect and physiology », PLOS ONE, 2018, 13(6), e0196645
- BfR, avis n° 013/2022 sur le bore dans les pâtes visqueuses comme le slime, 16 juin 2022
- Which?, tests de slimes et pâtes, décembre 2018
- BEUC, « Dangerous slime toys », 14 décembre 2018
- DGCCRF, « Slime : une pâte qui n’est pas sans danger pour les enfants », juin 2018
- ANSES, rapport de toxicovigilance sur le slime, octobre 2018
- Miljøstyrelsen (agence danoise de l’environnement), analyse et évaluation des risques des squishies, rapport n° 164, août 2018


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